Diane Langlumé - Journaliste

Maroc : Fès al-Bali

La plus ancienne cité médiévale du monde musulman

février 2003 par Diane Langlumé

Cité impériale, ville-musée, capitale culturelle du Maroc, Fès est la plus vaste et la plus ancienne des médinas marocaines, mais aussi la mieux conservée. Peuplée d’érudits, elle abrita les premières universités, avant Oxford ou Paris, et constitue l’une des villes les plus réputées de l’islam. Considérée comme "l’Athènes de l’Afrique", la Médina de Fès a été inscrite au Patrimoine Mondial de l’UNESCO en 1981.

Fondation et essor de la ville refuge

La légende veut que Fès tienne son nom de la pioche (fas en arabe) qui a servi à tracer le contour de la ville. En 789, Idris Ier, Sultan de la dynastie des Idrissides et descendant du Prophète, fonde Médina Fas ("Ville de la Pioche") sur la rive droite d’une rivière, sur le site de l’actuel quartier des Andalous. En 809, son fils Idriss II établit une seconde ville sur la rive gauche de la rivière. La cité se développe rapidement et accueille des musulmans chassés du royaume de Cordoue ainsi que d’autres expulsés de Kairouan en Tunisie, qui s’établissent chacun dans un quartier, respectivement le quartier des Andalous, et celui des Kairouanais.

Ce brassage culturel a des conséquences très bénéfiques sur l’art et l’artisanat local, et marque le début d’un essor qui se poursuit pendant des siècles. Chacun des deux quartiers possède sa mosquée et ses souks. Les deux quartiers finissent par fusionner et n’en faire plus qu’un, réunis au sein de l’enceinte de la ville. Cette réunion géographique marque le début de la prospérité commerciale de Fès.

Sous les Sultans Mérinides, au 14e siècle, Fès connaît son âge d’or. Une ville nouvelle surgit à ses côtés, baptisée Fas al-Djadid, "Fès la Neuve" (par opposition à Fas al-Bali, "Fès la Vieille"). On y construit palais, mosquées, medersas, qui marquent l’apogée de l’art hispano-mauresque. Avec la chute des Mérinides, Fès connaît une longue période de déclin, et ne recouvre sa splendeur qu’à partir du XVIIe siècle où elle redevient capitale du Maroc jusqu’au protectorat français en 1912, qui établit Rabat comme capitale.

Si son importance politique a décliné, Fès joue encore aujourd’hui son rôle religieux et culturel centré autour des deux célèbres mosquées de Qarawiyyin et des Andalous, au coeur de la médina. Son labyrinthe de quelque 9 400 ruelles étroites est réparti en 187 quartiers ; et chacun d’eux possède une mosquée, une école coranique, une boulangerie, une fontaine et un hammam.

Un ambitieux projet de restauration pour la Médina

Depuis 1994, l’UNESCO a mis en œuvre un projet d’envergure dans la Médina de Fès. Celui-ci vise non seulement à restaurer des trésors de l’art et de l’architecture islamiques, mais aussi à préserver les traditions artisanales marocaines.

Toutefois, cette restauration s’accompagne de contraintes logistiques importantes. En effet, les travaux requièrent de la part des exécutants un haut degré de compétence technique. Ainsi, pour mener à bien ce programme, il a été décidé de créer une école spécialement chargée de former des artisans traditionnels. Outre l’aspect culturel, ce projet comporte des enjeux économiques et sociaux considérables. En effet, l’artisanat traditionnel a de tout temps occupé une place prépondérante dans l’activité nationale marocaine. Ainsi, l’on estime qu’à Fès, les artisans faisaient vivre au moins les deux tiers de la population. Cette situation a perduré pendant des siècles, au point qu’aujourd’hui encore, les quelque 30 000 artisans de Fès subviennent aux besoins de près de 150 000 personnes.

L’enjeu social tient à conserver et mettre en valeur des métiers d’art traditionnels, aujourd’hui particulièrement mis en péril par la propagation des modes et goûts occidentaux. En effet, l’artisanat est le moteur économique de Fès ; il favorise la création d’emplois et constitue un vecteur de stabilité sociale : une partie substantielle des productions artisanales s’exporte à l’étranger ou bien s’écoule sur place grâce aux touristes, et entraîne un afflux de devises.

L’on peut espérer que l’exemple donné à Fès fera école, et induira des actions de conservation similaires dans d’autres médinas marocaines soumises aux mêmes facteurs de dégradation, préludant ainsi à une véritable renaissance des arts musulmans.

Les monuments de la Médina en cours de restauration

- La mosquée Qarawiyyin (fondée en 859, agrandie jusqu’au XIIIe siècle), qui abrite la plus vieille université du monde
- La place Nedjjarin, avec sa fontaine et son fondouk (hôtel de deux étages réservé aux visiteurs)
- La medersa Bu Inaniyya (construite en 1355)
- La zaouïa, ou mausolée, de Moulay Idriss (bâtie au IXe siècle, reconstruite au XIIIe siècle)
- Les medersas El-Attarin et Charatin

LEGENDES PHOTOGRAPHIQUES (Photographies : Erick Bonnier / Satelight)

PHOTO 1 : Vue aérienne de la mosquée Qarawiyyin.

PHOTO 2 : Vue aérienne du quartier des Tanneurs.

PHOTO 3 : Vue générale du quartier des Andalous.

PHOTO 4 : Bab Boujloud, l’une des quatre portes principales de l’enceinte de la Médina de Fès.

PHOTO 5 : Artère du Souk aux Légumes.

PHOTO 6 : Marchand de menthe dans le Souk aux Epices.

PHOTO 7 : Marchand de légumes.

PHOTO 8 : Petite boucherie de viande halal.

PHOTO 9 : Série de petites échoppes de poissonniers.

PHOTO 10 : Sucre concassé pour la préparation du thé à la menthe.

PHOTO 11 : Fileurs de laine dans les ateliers de l’ancien fondouk.

PHOTO 12 : "Minutero" de Fès (photos instatanées).

PHOTO 13 : L’école coranique Medersa Sahrij.

PHOTOS 14 - 15 : Détails de serrures et Zelliges (carreaux de céramique) dans un riad (vieille maison arabe).

PHOTO 16 : Manuscrit d’une page du Coran, provenant de la bibliothèque de la Mosquée Qarawiyyin.

PHOTO 17 : Polisseur de cuivre.

PHOTO 18 : Plateau en argent.

PHOTO 19 : Artisan ébéniste et coloriste travaillant sur une table en marqueterie.

PHOTO 20 : Vue d’un atelier de potier.

PHOTO 21 : Détails de poteries avant la colorisation.

PHOTO 22 : Artisan fabriquant de babouches dans sa guérite.

PHOTO 23 : Artisan forgeron.

PHOTO 24 : Détail de tarbouche (chapeau).

PHOTO 25 : Fileur de laine.

PHOTO 26 : Mendiant aux babouches dorées.

PHOTO 27 : Vue de la Quessaria (marché couvert) du fil et de la laine.

PHOTOS 28 - 29 : Les tanneurs de Fès sont réputés pour leur travail de précision effectué dans un environnement à l’odeur âcre et fétide.

PHOTO 30 : Artisan fabriquant des tarbouches dans son atelier.

PHOTO 31 : Vue de la cour principale de la mosquée Qarawiyyin.

PHOTO 32 : Détail de calligraphie sur le mur d’une école coranique.

PHOTO 33 : Ce panneau indique qu’ici, même les ânes ne peuvent pas passer, tant les ruelles de l’ancienne médina sont étroites.


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